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Les soins dentaires aux chevaux âgés

 

CHUIT Pierre     -    clientèle équine   -     24 chemin de Pacoty     -     CH-1297 Founex

e mail : pachuit

 

 

Comment définir le cheval âgé ? Par le passé, si on se confère aux programmes des manifestations hippiques d’il y a 40 ou 50 ans en arrière, il était usuel de parler d’un cheval âgé une fois ses 9 ans révolus… aujourd’hui cette appréciation serait très mal interprétée et ce n’est que vers 18 – 20 ans que l’on fait habituellement usage de ce terme, du moins dans nos régions.

Que de changements, que de bouleversements dans la conception de détenir un cheval ces 30 dernières années.  L’élimination des vieux, des chevaux inaptes au travail, n’est plus du tout aussi systématique et cela permet de voir fleurir dans nos campagnes nombres de parcs, d’asiles pour équidés à la retraite.  Le nombre constamment croissant de cette population âgée nous a contraint à développer leurs soins en odontostomatologie.

 

Aspects anatomo-physiologiques du vieillissement des dents

 

Au niveau des incisives

 

Les incisives peuvent présenter des extrémités de longueur égale ou inégale.

Les différences de longueur des extrémités libres des incisives supérieures ont plusieurs origines, parmi les plus fréquentes, citons un défaut de superposition des arcades, la mâchoire supérieure légèrement plus avancée que l’inférieure.  Autre origine, une dureté de la structure dentaire des incisives différente.  A cela il faut ajouter les usures dues à des attitudes vicieuses, tic à l’appui , frottement sur les murs, les barreaux , etc.

L’émail d’encadrement s’affaiblit, devient incomplet et disparaît.  Lorsque cette couche d’émail s’amincit, on peut deviner la couche d’ivoire sous jacente sous forme de lignes plus foncées.

Dans d’autres cas, c’est la cémentation radicale qui fait son apparition pour entourer et consolider la dent, il est alors impossible de deviner l’ivoire et les surfaces prendront un aspect jaunâtre – ocre  mat.

 

L’excès d’inclinaison, et ce surtout au niveau des coins inférieures et supérieures, peut entraîner une déviation d’un ou plusieurs coins latéralement.

 

Au niveau des molaires

 

Avec les années, les racines se raccourcissent et le phénomène de cémentation radicale entre en jeu tout comme pour les incisives.   Lors de la palpation, l’observateur sera frappé au contact de la surface masticatoire toute lisse.  Les crêtes d’émail auront en grande partie disparu pour laisser la place à un revêtement de cément.

La phase suivante est le déchaussement progressif des vestiges de racine et l’évulsion naturelle de la molaire.

Tantôt les molaires ont l’aspect de « chicots » avec des pans d’émail très agressifs, tantôt elles ont l’aspect de dents aplaties recouvertes de cément qui donne cet aspect lisse, tantôt on assiste à un mélange des deux.

 

 

Aspects pathologiques du vieillissement des dents et les soins à prodiguer

 

 

Pathologie due à une mal occlusion des incisives

 

incisives de longueur inégale

 

Dans ce cas de figure, on a affaire à une inégalité de longueur d’une ou plusieurs dents d’une arcade au dépend des dents antagonistes.

Cette inégalité, ce manque d’horizontalité du plan masticatoire des incisives a des répercussions sur les mouvements masticatoires.

Correction

Remettre à niveau ces incisives en les sciant. Pour ce faire, un disque à couper diamanté ou en fibre de verre fera merveille. 

Remarques importantes

·      choisir un disque d’un diamètre suffisamment grand pour couper l’incisive déjà large, parce que biangulaire et s’éviter ainsi de tourner autour de l’extrémité libre pour la couper.

·      les incisives, avec les années, présentent des racines courtes, faibles et altérées par les années, elles sont souvent très peu stables et à la moindre pression, elles s’ébranlent.  On évite des pinces à couper, les râpes, pour préférer le disque à couper.

·      l’emploi du pas d’âne à plaques dentaires est impossible, choisir une technique « la bouche fermée », l’intervenant s’entoure une main avec un linge, saisit la langue et place sa main (poing) avec la langue du patient emprisonnée entre les barres, avec l’autre main équipée du disque à couper, il travaille.

·      pour terminer le travail, on polit les bords à l’aide d’une fraise rotative ou une râpe manuelle (sans trop de pression).

 

incisives présentant un angle incisif trop aigu -  anomalie de direction

 

Plus l’angle incisif est aigu, plus les extrémités libres seront longues, plus les dents seront déstabilisées. Pour éviter des douleurs au patient lors de la préhension du fourrage, le contact de ses dents trop longues, il est opportun de les raccourcir.

Correction

On procède à l’aide de la même technique, telle que décrite ci-dessus.

 


incisives cassées

 

De cas en cas, il faut raccourcir, arrondir les traits de fractures, extraire des esquilles dentaires, évulser la ou les dents.

Remarque

Comme cela a été dit plus haut, la dent étant instable, un travail en douceur est de rigueur !

 

incisives absentes

 

Attendu que la pose de greffe dentaire, telle que décrite par Dassonville et Mendel en 1904,  tout comme la pose de bridge décrite par Becker en 1940, ne sont peut être pas d’actualité sur le cheval âgé, on se contentera de raccourcir les extrémités libres des dents antagonistes et d’arrondir des bords.

 

incisives cariées

 

A l’aide d’une fraise, il est possible de nettoyer la cavité dentaire interne (là où apparaît l’étoile radicale) et d’assainir la cavité dentaire interne où se loge les restes de la pulpe dentaire.  Si la dent est déstabilisée, l’évulsion est la suite logique.

 

Pathologie du collet, pathologie radicale, dent couverte de tartre

 

Il est commun de rencontrer des coins inférieurs (303 –403), très longs, très inclinés, couverts de tartre sur leur collet et la base de leur extrémité libre .   Le grand levier qu’offre cette extrémité libre va ébranler ce qui reste de racine lors de la préhension du fourrage, occasionnant ainsi une douleur suffisamment importante pour dissuader le patient de manger.

La racine cariée, pourrie, le coin ne demande qu’à être évulsé.

 

Correction

Habituellement la racine est à ce point atteinte, qu’il suffit de saisir l’extrémité libre du coin avec un davier et la dent est déjà évulsée !

On curette les éventuels séquestres radiculaires, mais avec modération, la nature se chargera d’expulser ces séquestres tout naturellement sans devoir faire de grande chirurgie.

Des bains de bouche, quotidiens, voire bi-quotidiens, en l’occurrence avec un jet, vont permettre de conserver la plaie propre et ainsi assurer une cicatrisation rapide.

 

Il est intéressant de constater que dès que le ou les coins sont évulsés, le patient remange de suite !

 

Il faudra s’attendre, que les dents contiguës subissent le même outrage dans les mois qui suivent (8 à 12 mois ?)  

 


Pathologie due à une mal occlusion des molaires

 

carie

 

Calcification, ramollissement et destruction progressive des tissus durs de la dent.

Les tissus attaqués sont l’ivoire ou le cément.  L’émail très résistant est plus rarement atteint.

Fréquente sur les molaires, elle est plus rare sur les incisives et les canines.

La carie progresse toujours de l’extérieur en dedans. Dans une première phase, elle s’attaque au cément, on la dit alors cémenteuse. Elle s’attaque donc au cément des parois ou des cornets.  Dans les cornets, elle se propage jusqu’à la couche d’émail et le percera pour atteindre la cavité pulpaire.

La destruction des cornets est indolore, celle de l’ivoire est rarement douloureuse, c’est pour cette raison que la carie n’est que très rarement diagnostiquée avant que les stades de pulpite se soit installés.

Lors de la palpation, l’intervenant aura tôt fait de reconnaître l’odeur désagréable, fétide, particulière de la pulpite, une fois la dent creusée.

L’odeur fétide de la bouche, souvent perceptible depuis l’extérieur, le ptyalisme et une gêne lors de la mastication en sont les principaux symptômes cliniques. 

Si l’odeur fétide est toujours présente, les autres signes ne sont pas toujours présents…

 

L’évolution

Souvent l’affection se limite à ce stade, mais elle peut évoluer en périodontite (périostite alvéolaire) et ou en fistule dentaire.

 

Correction :

Lors de carie : curetage du site, nettoyage de la cavité.  La mise sous antibiotiques à larges spectres, l’infection étant polymicrobienne.

Les soins et traitement lors de périostite alvéolaire et / ou de fistule ne sont pas le sujet du jour.

 

dent cassée

 

La fracture est le plus souvent partielle et longitudinale, c’est le bord buccal qui se casse sur les arcades supérieures et le bord lingual sur les arcades inférieures.

Parmi les causes, il faut citer la présence d’une carie, qui affaiblit la dent, des pointes  suffisamment importantes pour empêcher un mouvement masticatoire.

 

Correction :

Recherche les séquestres radiculaires que l’on peut saisir, arrondir les arrêtes des dents voisines, si la fracture est ancienne, aligner les dents antagonistes à niveau.

 


dentition ondulée

 

La dentition ondulée est fréquente chez les chevaux âgés. Augmentation avec les années d’une dentition ondulée existante et / ou augmentation de l’ondulation par l’absence de molaires.

 

Correction :

Essayer d’aligner la table dentaire, sans excès, il faut que le patient puisse se servir de sa table masticatoire, ne pas oublier qu’à cette période de sa vie, la croissance est achevée et le patient vit sur son acquis.

Chercher à limer les crêtes d’émail qui surgissent parmi les molaires cémentées, toujours en douceur et sans déstabiliser les dents !

 

dentition en escalier

 

La dentition en escalier est également fréquente, elle est due soit au développement soit à la suite de fracture, de carie ou autre faiblesse de la dent antagoniste, voire son absence.

 

Correction :

Procéder comme pour la dentition ondulée.

 

Pointe sur la dernière molaire inférieure (311 / 411)

 

Du fait du léger déplacement de la mâchoire supérieure face à l’inférieure, on constate presque toujours une pointe en face postérieure de la dernière molaire inférieure.  Il faut cependant distinguer deux cas de figures avant d’intervenir.

·      le premier est une sensation de pointe par le fait de la courbure mandibulaire,

·      le deuxième est une véritable pointe par absence de possibilité de frottement

 

Correction :

Dans le premier cas, on adoucit cette pointe à la râpe, sans chercher à la mettre à plat en « taillant dans la gencive », dans le deuxième cas on crée une surface plate absente de toute arrête ou crête agressive.

 

Pointe sur la dernière molaire supérieure (111 / 211)

Ce cas de figure est beaucoup plus rare et les pointes sont toujours plus discrètes.  En revanche elles sont presque toujours responsables de lésions dans la joue.

 

Correction :

Les mêmes que pour la dernière molaire inférieure.

 


Que faire face à une bouche mélangeant les crêtes d’émail et les dents cémentées ?

 

Tenant compte de ce qui a été dit précédemment, il faut essayer de rendre à cette bouche la fonction masticatoire dans le plus grand confort possible.

 

On nivelle, on arrondit les crêtes d’émail, tout en leur laissant une structure… on supprime les excroissances.   On essaye de redonner une surface masticatoire plus ou moins sur un plan linéaire, sans excès. 

 

Lors de ce travail, il faut toujours penser que la racine est instable et que le travail en douceur est le seul possible et compatible si l’on désire conserver la dent.  Le moindre effet de levier du coupe-dents aura tôt fait d’évulser la dent, sans que cela soit souhaité !

 

Durée de l’intervention

 

Pour le confort du patient, la durée de l’intervention sous tranquillisation ne devrait pas excéder la demi-heure.  On préfère deux interventions de vingt minutes à une de quarante. En effet les longues interventions à l’aide d’un pas d’âne sont la cause de douleurs de l’articulation mandibullaire