DEPISTAGE ET PREVENTION DES
DEFAUTS d’APLOMBS DU
POULAIN
J-M. BETSCH et P.
ALBERT
Clinique Equine de Méheudin
Les défauts d’aplombs sont parfois source de confusion pour le praticien car ils sont soit classés selon leur nature anatomique, soit selon leur nature congénitale ou acquise. En fait ces deux classifications se regroupent et à titre d’exemple une déviation angulaire tout comme une hyper-contraction des fléchisseurs peuvent être aussi bien congénitales qu’acquises. Les déviations sagittales sont celles que l’on voit en regardant le poulain de profil on le retrouve principalement les laxités et les défauts d’extension articulaire. Les déviations angulaires (ou frontales) sont définies par une angulation anormale des axes des membres antérieurs ou postérieurs quand on regarde le poulain de face ou de derrière. Lors de déviation en valgus la partie inférieure du membre dévié part vers l’extérieur. Lors de varus il s’agit du contraire. Les aplombs en rotation du membre peuvent être associées à des déviations angulaires : valgus plus rotation externe ou varus plus rotation interne. Tous ces défauts d’aplombs peuvent être regroupés au sein des affections ostéo-articulaires juvéniles (A.O.A.J, Developmental Ortthopedic Disease). L’aplomb idéal n’est pas une vue de l’esprit car c’est dans cette configuration optimale que la répartition des charges et des tensions sur les composantes articulaires et tendineuses ets équilibrée. L’incidence fonctionnelle des déviations angulaires sur la biomécanique du futur cheval de course ou de sport est importante car il s’agit d’un facteur prédisposant significatif de l’arthrose juvénile. Le plus souvent la déviation est mise en évidence par l’éleveur mais la gestion qui en résulte est parfois trop tardive. Le rôle du praticien est alors essentiel, tant sur le plan de l’information de l’éleveur, que sur celui de la mise en œuvre rapide d’une gestion conservatoire (exercice, parage, alimentation) ou d’une gestion chirurgicale.
Face à un défaut d’aplomb le praticien se posera 6 questions :
1) âge du poulain, poulain prématuré ?
2) siège de la déviation : boulet, genou, jarret, ou coude ?
3) déviation réductible manuellement ou non réductible?
4) amélioration ou aggravation depuis la naissance ?
5) rotation seule ou autres lésions associées (membre atteint ou membre opposé) ?
6) degré d’angulation ou déficit de flexion/extension ?
F Face à un
défaut d’aplomb semblant marqué, la règle d’or
consiste à ne pas émettre de pronostic sportif immédiat
mais de mettre en place des mesures diagnostiques ou conservatoires logiques, d’attendre quelques
jours ou semaines en s’assurant que le problème ne s’aggrave
pas , puis de réévaluer.
DEFAUT GRAVE NON REVERSIBLE CARRIERE
SPORTIVE ENVISAGEABLE?
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DEFAUT GRAVE REVERSIBLE DIAGNOSTIC
PRECOCE, TRAITEMENT PRECOCE
DEFAUT MODERE REVERSIBLE DIAGNOSTIC
PRECOCE, MODULER, REEDUCATION
DEFAUT MINEURE REVERSIBLE ETRE
PHYSIOLOGIQUE
1) SAVOIR
RECONNAITRE LE POULAIN NORMAL
La plupart des poulains présentent à la naissance un certain degré de laxité des tissus mous qui disparaît rapidement avec l’exercice. Cette laxité peut induire des défauts d’aplombs sagittaux et angulaires qui disparaissent le plus souvent au cours de la première semaine de vie. Il est important de réaliser que les poulains présentent naturellement un aplomb légèrement panard. Cette rotation externe du pied est due à la combinaison de 2 facteurs : un valgus discret des deux genoux (2 à 3°) et une distance entre les 2 pieds antérieurs supérieure à la distance entre les épaules. Au fur et à mesure de la croissance du foal, la cage thoracique augmente de volume ce qui repousse les coudes vers l’extérieur. Comme le valgus des carpes s’améliore également par compensation naturelle l’aplomb devient droit. Inversement les poulains parfaitement droits à la naissance ont souvent tendance à être légèrement cagneux vers l’âge d’un an. La rotation externe du doigt (aplomb panard) est un motif fréquent de consultation qui donne le plus souvent lieu à des interprétations différentes : « il part du haut », « non du genou », « plutôt du boulet ». Il est important de comprendre que la rotation du doigt est le plus souvent la somme de différents points de rotation dont certains sont physiologiques (étroitesse du poitrail, valgus discret des carpes) mais dont d’autres sont anormaux (rotation marquée à partir du boulet). Lors de rotation externe à partir du boulet sans défaut d’angulation (axe des phalanges dans celui du métacarpien) il est difficile de limiter la rotation autrement que par un parage régulier de la moitié externe du pied (tous les 15 jours) et la pose de fers collés à garniture médiale pour redistribuer les forces dans l’axe du membre.
1) L’EXAMEN
DU POULAIN SUSPECT
Lors de l’examen d’un poulain présentant un défaut d’aplomb il est important de le regarder statiquement de face, des 2 côtés puis de l’arrière. On le regarde ensuite marcher et trotter en ligne droite en essayant de l’apprécier de face. La palpation des membres est très importante pour tenter de savoir si le défaut peut être manuellement réduit (contraction ou laxité des tissus mous) ou non réduit (pathologie osseuse). On cherche ensuite la présence d’inflammations anormales ou d’épanchements synoviaux. La défaut d’aplomb congénital est le plus souvent primaire tandis que le même défaut acquis peut être la conséquence d’une pathologie ostéo-articulaire associée : contraction des fléchisseurs liée à un kyste osseux douloureux, contraction tendineuse faisant suite à une rupture de l’extenseur des phalanges, laxité unilatérale par report d’appui de l’autre membre blessé, etc. Les laxités congénitales sont souvent bilatérales tandis que les défauts d’extension articulaire congénitaux (hypercontractions tendineuses) peuvent être uni ou bi-latérales. Lors de contraction des fléchisseurs il est important d’observer l’axe de la paroi dorsale du sabot par rapport à la verticale. En effet lors de contraction discrète ou modérée le pied reste en deçà de la verticale et l’exercice contrôlé stimule une extension du boulet et rétablissement progressif de l’aplomb. Lors de cas sévères (paroi du sabot au delà de la verticale) l’exercice aggrave la situation car il provoque mécaniquement une bascule du boulet qui part vers l’avant.
Des clichés radiographiques peuvent être réalisés pour évaluer le siège et le degré d’une angulation, ou pour évaluer une pathologie osseuse associée. Ces hypercontractions peuvent être soit primaires i.e. sans cause apparente (congénitales le plus souvent), soit secondaire à une autre lésion ostéo-articulaire (par exemple pied bot ou bouleture acquis suite à une lésion d’ostéochondrose ou « épiphysite » marquée). Lors de déviation angulaire, la vue de face est essentielle et le rayon incident doit être parfaitement perpendiculaire au plan frontal de l’articulation atteinte. Il est important d’utiliser de longues cassettes pour radiographier au moins 15 cms d’os long au dessus et en dessous du siège apparent de l’angulation. En effet il faudra mesurer l’angle et le siège de la déviation en dessinant des lignes bissectrices de chaque diaphyse de part et d’autre de l’articulation atteinte (radius et métacarpien III lors de valgus du genou par exemple). Lors de déviation sagittale, une vue de face et de profil sont nécessaires pour la recherche de lésions associées.
défauts
d’aplombs fréquements
rencontrés :
Déviations sagittales : laxités des extrémités (antérieurs et/ou postérieurs), défauts d’extension articulaire (hypercontractions des fléchisseurs), des doigts, des genoux, ou de plusieurs sites combinés. Le défaut d’extension du boulet (bouleture) est presque toujours une déformation acquise après le sevrage (vers un à deux ans d’âge). Les causes des défauts d’aplomb congénitaux restent encore mal connus et l’on évoque des malpositions utero, déséquilibres alimentaires, intoxications lors de la gestation, hypo-thyroïdie, et facteurs génétiques.
Déviations angulaires les plus fréquentes dans l’ordre : le genou en valgus, le boulet postérieur en varus, le jarret en valgus puis le boulet antérieur en varus. Les causes d’une déviation angulaire peuvent être multiples : laxité des tissus péri-articulaires, défaut d’ossification des os cuboïdes (prématurité, immaturité), croissance inégale des plaques de croissance métaphysaires des os longs, anomalie de développement des centres épiphysaires d’ossification, ostéomyélite ou fracture métaphysaires, anomalie de développement de la diaphyse (varus de MCII ou MTIII), ou présence d’ulna ou fibula complètes (races prédisposées : chevaux miniatures)
Certains grands poulains présentent des défauts d’aplombs congénitaux des postérieurs dits « en S », caractérisés par une absence totale de linéarité d’un ou des deux postérieurs quand on regarde le nouveau-né de derrière. Dans certains cas il s’agit d’une laxité marquée des tissus mous de toute l’arrière main et celle-ci qui s’améliore avec l’exercice. Dans d’autres cas il s’agit de déformations ostéo-articulaires multiples qui ne s’améliorent pas et sont de mauvais pronostic.
2) SAVOIR
MODULER L’ EXERCICE ET
L’ADAPTATION PHYSIOLOGIQUE
Lors de la détection d’un valgus ou d’un varus il peut s’agir d’une laxité des tissus mous (réductible manuellement) , d’une pathologie des tissus durs (non réductible) ou d’une combinaison des deux. Lors de laxité des tissus mous péri-articulaires l’exercice régulier et contrôlé est essentiel. L’exercice stimule le développement musculaire ainsi que la mise sous tension des ligaments et capsules articulaires. La mise sous attelle ou sous plâtre n’est donc pas souhaitable puisqu’elle provoque une immobilisation et aggravera la laxité. Ce principe s’applique également aux hyper-extensions du doigt.. Lors de laxité sévère l’exercice peut être facilité par un pansement autour du boulet et du canon visant à limiter les risques d’escarre puis d’ostéomyélite de la face palmaire (ou plantaire) et distale du boulet.
Le seul cas nécessitant un plâtrage immédiat est celui des poulains prématurés ou dysmatures qui présentent une déviation par défaut d’ossification des os cuboïdes (carpe ou tarse). Dans ce type de situation l’angulation peut être en partie réductible manuellement ce qui peut induire le praticien en erreur pensant qu’il ne s’agit pas d’une pathologie osseuse. Il s’agit pourtant d’une véritable urgence car faute de plâtrage les os non ossifiés peuvent s’écraser de façon irréversible. La radiographie est essentielle pour diagnostiquer le problème. Le plâtrage dure en général 10 à 15 jours ce qui correspond souvent à la période in-utero « manquante » ; des radios de contrôle permettent de s’assurer que l’ossification des os a eu lieu et qu’ils pourront supporter des contraintes biomécaniques normales.
La notion d’exercice régulier et contrôlé est très importante. Elle consiste à trouver la meilleure façon de mettre en œuvre une rééducation musculo-squelettique du poulain. Si l’exercice est insuffisant, la rééducation sera plus longue mais si l’exercice est trop important le poulain fatigue, ce qui peut soit aggraver le problème initial soit en créer d’autres (hyperflexion des genoux par exemple). Pour un même type de déformation, l’exercice pourra être modulé différemment. Par exemple lors d’hyper-contraction congénitale discrète on cherchera à favoriser l’exercice ; à l’inverse lors d’hypercontraction acquise due à une croissance excessive on cherchera à limiter l’exercice pendant plusieurs semaines pour ne pas aggraver la douleur liée à l’exercice. Lors de valgus du genou, c’est en en fonction de l’angulation déterminée radiologiquement que l’on cherchera tantôt à limiter, tantôt à stimuler l’exercice (cf. Loi de Wolff). Il est difficile de codifier la notion d’exercice contrôlé car il s’agit d’observer régulièrement le poulain au fur et à mesure de la rééducation. Les moyens de cette rééducation passent par la mise au box avec sorties en main plusieurs fois par jour, ou le petit paddock (15 m x 15m) ou la mise au pré quelques heures par jour seulement. Enfin il est important de tenir compte du tempérament de la mère et de la présence des autres poulinières car l’activité de l’ensemble du groupe influera sur l’exercice du poulain concerné.
Lors de defaut d’extension articulaire (du doigt, du boulet, ou du genou) la notion d’exercice contrôlé prend tout son sens. En effet, le poulain doit marcher pour lutter contre la rétraction tendineuse et capsulaire mais cette élongation recherchée par l’exercice sera cause d’une certaine douleur et rétraction réflexe aggravante des mêmes structures. Lors de contraction sévère, si l’exercice n’est pas contrôlé, le poulain tend à marcher sur la face avant du boulet ce qui le conduit rapidement à une tendinite ou rupture des tendons extenseurs des phalanges. En plus de l’exercice la physiothérapie est très utile si elle est pratiquée très souvent (4 à 5 fois par jour en courtes scéances d’élongations de 30 secondes). Pour l’exercice on cherche un soutien en talons que l’on diminue progressivement et une extension dorsale en pince pour favoriser l’extension. On peut utiliser les anti-inflammatoires non stéroïdiens avec parcimonie pour lutter contre la douleur induite par la rééducation. La terramycine à forte dose (3 g IV lente avec cathéter, éventuellement répété deux fois à 24-48H) donne des résultats variables selon l’individu (effet spectaculaire, faible, ou nul) et selon le moment d’administration par rapport au début de la contraction (le plus tôt le mieux). Le propriétaire doit être informé de rares cas de diarrhée ou d’hyperthermie. Lors de contraction rebelle une mise sous attelle ou plâtre peut être nécessaire avec anesthésie générale. Lors de contraction rebelle pendant plus de 6 semaines la situation devient le plus souvent irréversible et nécessite une section de la bride carpienne.
Lors de déviation angulaire par croissance assymétrique de la métaphyse, les pressions exercées sont plus importantes sur une des moitiés du cartilage de croissance (latéral lors de valgus et médial lors de varus). Si l’angle est inférieur à environ 8-10 °, cette augmentation de pression stimule l’activité chondrale de la métaphyse du côté comprimé (loi de Wolff, figure 1). Ainsi le valgus du genou ou le varus du boulet se redressent progressivement au fur et à mesure des premières semaines d’exercice. Par contre si l’angulation est supérieure à 8-10 °, les pressions sont excessives sur une des moitié du cartilage ce qui freine voire arrête la croissance au lieu de la stimuler et l’exercice aggrave alors le problème puisque seul le côté non comprimé continue sa croissance. Ce mécanisme de compensation physiologique n’a lieu que si la plaque de croissance est encore fonctionnelle c’est à dire non pathologique et suffisamment « jeune ». En effet les plaques de croissance ne sont significativement actives que pendant quelques semaines ou quelques mois : 2 mois pour MCIII ou MTIII, 3 à 4 mois pour le tibia distal, et 5 à 6 mois pour le radius distal. Par exemple si l’on détecte une déviation modérée du genou en valgus vers 1 mois (10 ° par exemple), on peut se donner encore un mois d’exercice contrôlé et vérifier l’amélioration de l’angulation par de nouvelles radios un mois après. S’il s’agit d’un varus du boulet la même attitude serait une erreur car l’essentiel de l’activité métaphysaire serait alors révolue vers 2 mois et la thérapeutique chirurgicale serait inopérante.
Figure 1 : Effets de l’exercice sur la croissance du cartilage de croissance en fonction de la déviation angulaire (loi de Wolff)
3) MARECHALERIE ET MODULATION DES DEFAUTS
D’APLOMB
Le parage du pied est indispensable dans la gestion des défauts d’aplomb. Lors de laxité, on cherche à reculer l’appui du pied vers l’arrière en coupant en pince et on accentue l’angle des talons qui s’est arrondi progressivement (effet « chaise à bascule »). Dans les cas modérés à sévères, la mise en place d’extensions sous les talons jusque sous l’axe du métacarpien permet un appui rapide et facilite le redressement du poulain (petites planchettes de contre-plaqué et bande de queue autour du sabot ou petits fers collés avec extension en talons, ou petit morceau d’alu plié englobant la pince et collé ).Lors de défaut angulaire l’aplomb induit une usure inégale du pied. L’objectif est de parer le côté non suffisamment usé du pied (externe pour un valgus, interne pour un varus) et le ramener au niveau de l’autre moitié puis d’arrondir la pince pour favoriser une bascule plus rapide. Tenter de ramener d’avantage le pied en râpant encore un peu plus le côté non usé est une erreur car la parage ne modifie que l’axe latéro-médial de l’articulation interphalangienne distale. Le poulain présenterait alors un aplomb en S : valgus du genou puis varus interphalangien par exemple. Le parage est effectué tous les 10 à 15 jours environ. Chez le poulain plus âgé, pour compenser les contraintes biomécaniques asymétriques, un fer avec garniture plus importantes d’un seul côté peut être posé pour redistribuer les forces dans l’axe du membre: garniture interne pour un valgus et externe pour un varus. Dans certains cas une rotation pure du membre ne s’accompagne pas d’angulation : par exemple pied panard à partir du boulet ou du genou sans déviation angulaire. La parage permet une correction partielle du problème qui nous semble souvent de nature héréditaire.
Lors de défaut d’extension phalangien (hypercontraction congénitale des fléchisseurs ou pied bot acquis) l’objectif est de favoriser l’appui en talons puis de les descendre progressivement pour étirer les structures tendineuses et lutter contre les rétractions capsulaires et ligamentaires. Chez le très jeune poulain on peut utiliser des fers collés à extension en pince et chez le poulain plus âgé de petits fers cloués avec éponges surélevées (clous utilisés comme crampons) que l’on descend au fur et à mesure de la rééducation en main sur sol dur. Lors de défaut d’extension métacarpo-phalangien (bouleture) l’objectif est de stimuler l’extension de l’articulation donc de surélever les talons.
4) LA
PREVENTION ALIMENTAIRE
Les défauts d’aplombs peuvent être majorés voire induits par des déséquilibres alimentaires. Sur un plan plus général les affections ostéo-articulaires juvéniles (AOAJ, ou Developmental Orthopedic Diseases D.O.D) sont aussi bien liées à des carences que des excès que des déséquilibres de la ration. Les carences semblent plus rares aujourd’hui et l’on rencontre d’avantage de pathologies « de l’excès ». La part héréditaire est un facteur très important mais il est parfois difficile de la distinguer de la part alimentaire car la vitesse de croissance du jeune est tout aussi influencée par sa ration alimentaire (taux d’énergie et de protéines) que part sa génétique. Chez la jument en fin de gestation l’apport d’un supplément d’énergie (+ 20% ) et de protéines (+ 33 %) au cours du dernier trimestre bénéficie au développement ostéo-articulaire du fœtus. Les recommandations en oligo-éléments ont été révisées à la hausse depuis une quinzaine d’années (cuivre 300 ppm, Zn/cu = 3 à 4) ; concrètement on peut conseiller un supplément minéral journalier de 150mg de Cu, 600 mg de Zn, et 250 mg de Mn. La question de l’intérêt des oligo-éléments reste entière car les données précédentes concernent les oligo-éléments non chélatés et, à notre connaissance, aucune étude comparative in vivo n’a été réalisée chez le Cheval. Au cours des 2 premiers mois de vie le poulain reçoit les oligo-éléments en grande partie du lait qui est à la limite de la carence. Il vit donc pour une grande part sur ses stocks hépatiques constitués au cours des derniers mois de vie in-utero. Au fur et à mesure de sa croissance et de sa consommation propre, le jeune bénéficiera d’un apport de protéines de bonne qualité (17 % de protéines brutes, 0,85% de lysine), d’un complément d’oligo-éléments (75 mg de Cu, 300 mg de Zn, 125 mg de Mn) et de facteurs anti-oxydants. Lors de vitesse de croissance ou de poids excessifs (contractions tendineuses ou défauts d’angulations acquis par exemple) on limitera les apports energétiques et protéiques et certains poulains pourront être muselés quelques heures par jour.
5) SAVOIR
DETECTER PRECOCEMENT LES CAS CHIRURGICAUX
Au delà d’une certaine angulation (le plus souvent au delà de 8 à 10°), la compensation physiologique est limitée, et une thérapeutique chirurgicale précoce est utile. Deux méthodes sont possibles : soit stimuler la croissance métaphysaire du côté comprimé et poussant peu (chirurgie d’élévation périostée) soit bloquer la croissance du côté grandissant de façon excessive (chirurgie de blocage). Ces interventions sont réalisées sous anesthésie générale et le choix dépend du degré d’angulation, de l’articulation atteinte, et de l’âge du poulain.
La chirurgie d’élévation périostée consiste à inciser en T inversé le périoste au dessus de la plaque de croissance, à laisser 2 volets ouverts, puis à resuturer la peau par dessus. L’élévation stimule la plaque de croissance pendant 6 à 8 semaines et permet de gagner 15 à 18° selon l’activité résiduelle de la métaphyse. Cette activité est parfois variable d’un poulain à l’autre et peut être évaluée grossièrement par l’aspect radiologique de la métaphyse. La chirurgie peut être recommencée 2 mois après si l’angulation n’a pas été suffisamment corrigée. L’élévation périostée peut également être pratiquée sur la diaphyse des MCIII ou MTIII lors de croissance diaphysaire inégale mais celle-ci est souvent associée à une croissance métaphysaire asymétrique.
La chirurgie de blocage consiste à implanter deux vis plus un cerclage ou une petite plaque de part et d’autre de la métaphyse. On pratique le plus souvent cette chirurgie avec une élévation périostée de l’autre côté. Ces chirurgies combinées sont réalisées lors d’angulation sévère chez de jeunes poulains (> 15 °) ou lors d’angulation modérée chez des poulains en limite d’âge (10° pour un valgus du genou vers 4 à 5 mois par exemple). Les implants sont retirés lorsque le membre est redevenu droit faute de quoi une déviation dans l’autre sens se produirait.
Après de telles chirurgies, le pronostic sportif est bon puisque statistiquement les chances de gains sont équivalentes à une population de poulains non opérés sauf si plus de 3 articulations ou plus sont opérées. Une réaction périostée modérée à marquée est parfois observée pendant quelques mois suivant la chirurgie mais celle-ci n’est plus perceptible à l’âge d’un an. Lorsque la déviation angulaire est rétablie la rotation associée disparaît en général en même temps.
ARTICULATION MOMENT DE LA CHIRURGIE CORRECTRICE
BOULET < 2 MOIS
JARRET < 3 MOIS
GENOU < 4 MOIS
6) SAVOIR
RECONNAITRE LES MAUVAIS CAS CHIRURGICAUX
Les chirurgies d’élévation périostée ou de blocage n’ont d’efficacité que sur des plaques de croissance fonctionnelles puisque l’on cherche à stimuler la croissance d’un côté par rapport à l’autre. Lors d’ostéomyélite, lors de métaphysite sévère (« épiphysite ») ou chez le poulain trop âgé de telles chirurgies sont déconseillées.
Dans certains cas de varus sévère du boulet postérieur une déformation en varus du métatarsien III est associée avec une déformation du canon et du jarret. Dans de telles situations ou l’axe des tendons fléchisseurs n’est plus celui du métatarsien III et des os sésamoïdes le pronostic nous semble mauvais malgré plusieurs élévations périostées ou chirurgies de blocage.
Le varus du boulet est une situation particulière car une amélioration visuelle est fréquemment observée. En effet, assez fréquemment, une croissance compensatrice de la première phalange « rattrape » l’angulation à point de départ métacarpien ou métatarsien. Le métacarpe distal est d’abord dévié, puis P1 s’allonge du côté comprimé de MCII ou MTII de sorte que l’aplomb se redresse. La prise de clichés montre bien le phénomène qui se produit aux dépens de l’articulation métacarpo (tarso)-phalangienne qui devient oblique par rapport au sol avec hémiphalange de hauteur assymétrique . Même lors de correction totale de l’angulation du métacarpe distal, la première phalange ne redevient pas symétrique et l’angulation articulaire persiste. La chirurgie du boulet en varus doit donc être réalisée très précocemment.
Chez les poulains âgés présentant une déviation en angulation, une chirurgie d’ostectomie correctrice avec section osseuse et plaques est décrite, mais très peu de poulains semblent ensuite pouvoir mener une carrière sportive. Lors de varus du boulet corrigé trop tardivement, la mise en place de vis et cerclage en biais de part et d’autre de la métaphyse a été décrite mais peu de résultats sont présentés.
ILLUSTRATION :
POUR EN SAVOIR PLUS :
Auer JA. Angular Limb Deformities., dans Equine
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Hunt RJ (1997)
Noninfectious Musculoskeletal Disorders of Foals, In Curent therapy in Equine
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Kaneps
AJ et Smith BL (1998) Management of Distal Limb Lameness in Foals. Comp Cont
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is Developmental Orthopedic Disease, Osteochondrosis, Osteochondritis,
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Williams
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